Mariia Timofeeva

Mercredi 16 Septembre

Saint-Gilles

" J’essaie de capturer des petits moments fragiles."

Quand as-tu commencé à dessiner ?

J’ai grandi en Russie, et quand j’étais petite je faisais tout le temps des petites choses. Ma mère a gardé tout un sac rempli de mes productions d'enfant et j’ai redécouvert que je faisais des cartes postales pop-up et j’avais oublié complètement. J’avais tout oublié ! Ma passion c’était de recopier des livres. Ma grand-mère avait une énorme bibliothèque et quand j’ouvrais les placards pour sniffer les livres, j’adorais l’odeur de l’encre. Alors j’ai commencé à recopier des livres dans un carnet, je recopiais les textes et les images.

Plus tard en 2012 j’ai commencé des études de journalisme, et j'ai participé à un concours où on pouvait gagner un stage à Bruxelles dans les institutions européennes, et j'ai gagné le concours ! Le stage était très intense mais ça m'a permis de découvrir la bande dessinée par hasard, dans un magasin de BD où j'ai discuté avec le vendeur qui m'a parlé de l'école Saint-Luc.

 

En rentrant en Russie je me suis inscrite en fac des lettres, mais ça ne me plaisait pas du tout. À côté je travaillais en organisant des events et en créant des affiches. C'est comme ça que j'ai commencé à utiliser le dessin en graphisme. Au final je ne trouvais pas ma place en Russie donc j'ai décidé de revenir à Bruxelles pour étudier le graphisme. Après deux ans de travail je suis arrivée à l'école de Saint-Luc, et là je me suis sentie tout de suite à ma place, c'était une libération. En 3ème année j’ai fais un stage assez marquant chez Cuistax où je travaillais à la fois la mise en page et l’illustration. 

Maintenant que tu as testé pleins de techniques, qu'est-ce que tu préfères ?

Les pochoirs ! J’en faisais quand j’étais petite, et j’ai redécouvert ça il y a deux ans quand j’ai fait ce livre en noir et blanc qui s’appelle MétanoiaTout le livre est fait en pochoir. Ça me plaît beaucoup ces superpositions, ça me fascine. J’adore ce rapport à la matière, des fois je me coupe je me fais mal aux doigts mais j’aime travailler comme ça, à l’ancienne.

Tu peux explorer pleins d’effets et j’adore!

L’univers que tu as, à la fois mystique et poétique, t’est venu naturellement ? 

J’ai toujours été comme ça. J’aime beaucoup la littérature. Je peux lire un livre, je vois une phrase qui me donne une image en tête et je pars de cette image pour créer une illustration. J’aime beaucoup tout ce qui est rêves, légendes et mythes. Ces images assez sombres, mythlogiques, j’aime travailler là-dessus, sur la composition des personnages, les détails, le grain, et ce que j’adore c’est de laisser la place au spectateur pour interpréter l’image comme il le souhaite. Le livre Métanoia est basé sur ça. Je raconte une histoire, avec mes sentiments, mais quand je montre le livre l'histoire ne m’appartient plus. Le sentiment et l’interprétation sont propres à chacun. Ça m’intéresse beaucoup d’ailleurs de savoir ce que voient les gens dans mes images, et le monde des images devient très riche de cette façon !

 

J’essaie de capturer des petits moments un peu fragiles. Un mec qui fume à la fenêtre, c'est cet instant où la fumée s’évapore que je trouve beau car ça dure une seconde et c’est fini. Quelqu’un qui se regarde dans le miroir, c’est la même chose, comment il se sent au moment où il se regarde dans le miroir ? J’aime ces moments suspendus.

Tu travailles où et comment ?

Je travaille de chez moi. Parfois c’est une torture, je me dis que je ne vais pas y arriver, j’ai du mal à commencer. Mon travail est très lié à la musique, j’écoute absolument tout : des chants médiévaux, à la techno en passant par de la pop. Sans musique je ne sais pas travailler et la musique doit correspondre à l’image que j’ai en tête. Alors il m’arrive de passer des jours à trouver la bonne playlist pour créer cette image. Une fois que je l’ai trouvée, je suis absente, je produis comme une malade et les heures passent sans que je m’en rende compte. Je me mets dans une bulle et je n’en sors que quand l’image est terminée. Par exemple métanoia je l’ai fait en 48h et j’ai dormi 4 heures, j’écoutais 3 ou 4 morceaux en boucle ! Maintenant je ne peux plus les écouter par contre ! (rires).

L'illustration "Dernière cueillette", comment elle t’es venue en tête ?

J’aime bien tout ce qui est tradition chamanique. On a fait une visite avec ma mère et mon frère au lac Baïkal, un lac sacré en Russie pour les bouddhistes. Là-bas les gens font pleins de petits rituels, c’est fascinant. J’étais assez déconnectée de mes racines jusqu’à cette période, et d’un coup cette visite m’a fait changer. Je me suis souvenue d’un livre de contes folkloriques russes que j’aimais beaucoup avec notamment des illustrations d'animaux sacrés et je me suis inspirée de ça. J'ai fait des compositions avec des animaux, des esprits, où il n’y a ni méchant ni gentil et de là est venu notamment ce dessin avec le renard.

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