Lucas Gicquel

Mardi 1er Décembre 2020

Altitude Cent

"Le dessin vient souvent après l’intérêt que je cultive

pour un sujet que j’ai choisi de traiter."

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Quel a été ton parcours en lien avec le graphisme et le dessin ?

J’ai commencé par une première année à Paris à l’école Condé et je suis vite parti car ça ne me correspondait pas. En 2015 j’ai tenté le concours pour entrer à l’école supérieure de Saint – Luc à Bruxelles et contre toute attente j’ai été pris. C’était très spontané comme décision mais j’ai accroché et j’ai suivi un cursus de 3 ans en Illustration qui s’est très bien passé.

L’illustration c’est un domaine de travail qui t’attire depuis longtemps ?

J’ai toujours dessiné. Au début j’avais une bande de potes dessinateurs et on dessinait tout ! On se faisait nos propres cartes à jouer, on inventait des jeux on les dessinait, on s’amusait en dessinant et j’étais le moins bon de la bande d’ailleurs ! Même en m’éloignant un peu de ça le dessin est resté « mon truc à moi » sans pour autant l’envisager comme un métier possible. À l’école on ne te dit pas qu’être artiste est une option intéressante pour la suite de ton parcours alors j’ai choisi de faire du journalisme et puis finalement je me suis dis « je peux dessiner et raconter des trucs en même temps ». C’est là que j’ai commencé à penser le dessin comme quelque chose de sérieux, et à le considérer comme un vrai travail.

 

Au début je voulais travailler dans l’image imprimée et j’avais surtout un fort intérêt pour la bande dessinée plus que pour le graphisme. Même si c’est présent dans mon travail et que j’apprécie le graphisme en tant que tel, ça ne me correspond pas autant que l’illustration. Ce qui me plaît vraiment c’est que le dessin soit l’élément central : la composition, les couleurs, et l’état d’esprit général. J’aime l’idée qu’on puisse transmettre un message par le dessin, et qu’il y ait des allers-retours entre l’image et le texte.

Pour toi c’est plus intéressant quand l’image est associée à un texte ?

Non pas forcément mais j’aime que l’image raconte quelque chose, qu’elle évoque de la narration même sans texte. Le plus important pour moi c’est d’arriver à transmettre des sensations, et surtout à raconter.

 

J’aime bien m’inspirer de la nature ou d’un fait historique et essayer de l’illustrer. C’est ce que j’ai essayé de faire en tous cas dans ce dessin "Propagation". Je suis partie d’une citation du livre Biomimétisme"de Janine Benyus : « Moins un système est stable plus il est prêt à changer » et j’ai voulu l’illustrer.

Au fil de recherches sur ce sujet je suis tombé sur le séquoia qui possède un système de reproduction particulier : les fruits du séquoia libèrent leurs graines grâce à la température des feux de forêt. Les cendres accueillent les graines et leur fournissent alors un terrain fertile. L'idée du feu c'est qu'il laisse la place à de nouvelles choses, de nouvelles idées ( les graines ). Une période de trouble serait donc propice à l'apparition de nouvelles idées ! 

Quel est ton procédé quand tu dessines, et qu’est ce qui t’inspire ?

Je fais beaucoup de recherches et je me sens hyper passionné par toutes ces étapes de lectures et réflexions sur un sujet avant de me mettre à dessiner. Le dessin vient souvent après l’intérêt que je cultive pour un sujet que j’ai choisi de traiter. Je lis, je regarde et puis je me mets à bosser sur une image. La pratique du dessin est spontanée car c'est ma façon d'exprimer mes idées, mais lorsque je travaille les choses de manière "plus profonde", le dessin arrive après un long processus de recherche.

 

L’année dernière on est partis en Chine avec l’école Saint Luc. C’est un voyage qui m’a beaucoup marqué et inspiré. On a étudié de la peinture chinoise, l’estampe chinoise et d’autres techniques traditionnelles de dessin. Ce sont des notions assez puissantes dans l’approche du geste notamment. C’est à la suite de ça que j’ai fait le dessin appelé « Mount Tai ». Le Mont Tai est une montagne sacrée en Chine gravée de caractères ancestraux d’époques différentes. C’est un lieu de pèlerinage magique et sacré avec un immense escalier qui monte à travers la montagne. Il faut marcher pendant 5 heures pour arriver au sommet qui domine la vallée, c’est très puissant.

Détail de "Mount Tai"

Quels sont tes projets actuels ?

Je travaille depuis quelques temps avec Radio Moskou où j’interviens sur la conception de visuels en tout genre.

Plus récemment j’ai commencé à travailler pour un label indépendant appelé Don’t Should Records. Je m’occupe de l’image global du label : le logo, les visuels pour la communication, les pochettes d’album… C’est vraiment de l’expérimentation pure mais j’adore ça, c’est une passion. En fait je me suis lancé dans le dessin avec l’envie de m’approcher de cet univers-là. Je rencontre des gens passionnés de musique, et il y a tout un univers qui fonctionne entre la musique et l’image car les disciplines se font écho.

L’ultime graal pour moi serait de travailler sur la conception d’un vinyle car il y a à la fois l’aspect édition avec l’objet, et l’image avec la pochette. Je ne suis pas très matérialiste mais le vinyle est un objet que j’affectionne énormément. J’aimerai pouvoir travailler un tel objet à fond, sur la façon d’ouvrir le vinyle et la reliure, pas seulement le visuel. C’est une consécration autant pour le musicien que pour l’illustrateur d’arriver à un tel objet.

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