Hippolyte Jacquottin

R.DRYER STUDIO

"Pour moi la riso c'est le type d'impression adapté à l'expérimentation, donc si je devais donner un conseil, c'est de tester des choses !"

Tu viens d'où et comment as-tu atterri à Bruxelles ?

Je suis originaire du plateau de Langres, dans l'Est de la France. J'ai passé mes deux premières années d'études à Lyon en photographie, puis mes envies se sont précisées et j'ai décidé d'étudier le graphisme, un domaine qui me correspondait plus et qui permettait de travailler sur pleins de supports différents : affiches, livres, sites web, etc.

J'ai donc continué sur une licence pro Création Visuels, à Strabourg qui m'a permis de faire un long stage très enrichissant à la villa Noailles. Avec cette expérience, j'ai ensuit intégré un DSAA (Master) Design Graphique à Rennes, où j'ai pu approfondir mes connaissances et ma pratique.

C'est lors d'un stage que j'ai découvert Bruxelles, et j'ai tout de suite aimé cette ville, son ambiance, sa mixité et son coté « capitale à taille humaine », qui est un bon mélange entre une offre culturelle dense et une ville à taille humaine qui respire.

À la suite de mon diplôme, j'ai eu une opportunité pour travailler à Bruxelles, alors je me suis dit pourquoi pas tenté l'expérience ! Et me voilà installé ici depuis trois ans maintenant.

Quel a été ton parcours avant d'ouvrir ton propre atelier de riso ?

L'étape marquante, ça a été la découverte de la risogaphie lors d'un workshop avec Super Terrain en 2016. J'ai tout de suite été conquis par ce type d'impression en y voyant les différentes possibilités: tramages, impression de tons directs, le mélange des couleurs et les imperfections qui rendent chaque impression « unique ». À la suite de ce workshop, j'ai gardé dans un coin de ma tête l'idée d'ouvrir un jour mon studio d'impression riso.

Puis après mes études de graphisme, j'ai travaillé au sein du studio Oilinwater pendant presque 2 ans en tant que designer graphique junior. C'est durant cette période j'ai récupéré une riso en panne que j'ai  réussi à la réparer. C'est à cet instant que j'ai décidé de lancer mon atelier d'impression riso et design graphique !

Je connais déjà un peu l'histoire et elle vaut la peine d'être partagée, raconte-nous pourquoi tu as appelé l'atelier "R.DRYER" ? 

L'histoire est assez drôle. Je savais pas trop dans quoi je me lançais en récupérant une riso en panne (qui soit dit en passant venait de chez un croque-mort), car même si ces machines ont une mécanique assez simple, il y a quand même une multitude d'éléments à l'intérieur… Mais c'était un défi que je voulais me lancer ! Mon tempérament n'aime pas laisser des problèmes sans solutions, même si je dois y passer des jours entiers.

Après plusieurs semaines à inspecter et tester différentes solutions infructueuses, une personne sur un forum (il y a une grosse communauté d'imprimeurs riso qui s'entraide) me dit que c'est sûrement le composant X qui ne fonctionne plus, et pour le tester, il me conseille de prendre un sèche-cheveux et de le chauffer… Un peu surpris par cette méthode cocasse, je la teste le jour même, et là… La riso démarre ! J'étais tellement surpris et heureux que ce moment restera dans ma mémoire.

Il ne me restait plus qu'à trouver ce composant neuf et le souder pour que la machine soit de nouveau fonctionnelle.

 

J'ai voulu faire référence à cette anecdote dans le nom de mon studio R·DRYER (hair dryer), car sans ça je n'aurais peut-être jamais lancé mon studio.

Qu'est-ce qui te plaît autant dans cette technique d'impression, ou dans l'impression artisanale en général ? 

Je suis tombé amoureux de cette technique pour son rendu très particulier (proche de celui de la sérigraphie) avec son grain et ses couleurs vives. Grâce à la riso on obtient des supports imprimés qui ont une certaine « âme », qu'on ne retrouve pas dans les impressions jet d'encre, laser ou même offset. En plus de ça, c'est un type d'impression plutôt écologique et surtout économique pour ce type de rendu.

 

Ce que j'aime aussi, c'est le côté « production indépendante », le fait de pouvoir produire toutes sortes de supports imprimés, parfois en grand nombre et très rapidement, en étant tout seul dans son atelier. Et ça va avec la communauté derrière l'impression riso, souvent le monde de la microédition, les artistes et les autres imprimeurs qui forme un cercle où les gens s'entraident et partagent leurs tips.

 

Et enfin l'aspect « débrouille » est aussi important pour moi. Les machines que j'utilise ont presque 15-20 ans, elles sont donc obsolètes, mais comme elles sont bien faites, je peux encore trouver des pièces de seconde main ou les réparer moi-même. C'est cool et gratifiant de savoir qu'on peut faire ça, la seule chose que ça coûte c'est souvent du temps, mais quand on aime on ne compte pas !

Tu as un projet à venir dont tu aimerais parler ou que tu souhaites développer (workshop, collaborations, création...) ?

Alors pour l'atelier, dans les semaines qui arrivent je vais créer un petit guide d'impression et un nuancier des couleurs risos disponibles. J'aimerais aussi mettre en place des workshops découvertes et d'approfondissements, mais avec la période qu'on traverse ça sera sûrement pas pour tout de suite.

 

Il y a quelques semaines j'ai animé un workshop d'expérimentation riso à Fructose à Dunkerque et c'était une super semaine, donc pourquoi pas chercher des lieux où je pourrais intervenir, ça m'intéresse bien de faire ça.

 

Sinon j'ai des idées de créations et d'impressions personnelles en riso, comme des éditions photo, mais j'attends d'avoir du temps à moi.

 

Et je suis toujours ouvert à des collaborations, donc il ne faut pas hésitez à me contacter pour qu'on parle ensemble d'un projet et de voir comment collaborer.

Même si ton outil est une machine, j'ai le sentiment d'avoir eu affaire à un artisan passionné en te rencontrant et en t'observant travailler. C'est l'approche que tu aimerais transmettre ? 

Oui c'est vrai qu'on peut avoir tendance à penser que « c'est une machine, finalement il suffit d'envoyer son fichier et la machine fait le reste », sauf qu'en réalité, elle reste un outil que j'utilise dans un processus plus complexe.

 

Il y d'autres facteurs sur lesquels je dois intervenir : le type de couleur, le changement de tambour, l'ordre de passages, le calage des couches, le type de papier, etc. Pleins de détails qui nécessitent une connaissance et une expérience. Donc oui, quelque part je me considère comme un artisan, j'ai envie de faire attention à ces détails, car même si la riso comporte des imperfections qu'on ne peut pas corriger, ça ne m'empêche pas de vouloir un résultat de qualité.

 

J'aime aussi transmettre et partager mes connaissances sur la riso, ça permet aux gens de mieux imaginer les possibles avec ce type d'impression. C'est pour ça qu'en général je propose aux gens de venir pour l'impression d'une ou deux couches. Je trouve qu'il est toujours important de prendre conscience de la temporalité et des différentes étapes de création, surtout dans l'ère du numérique et de l'instantané dans laquelle on vit, qui efface toujours un peu plus notre rapport au temps, surtout dans les domaines de la création je trouve.

Qu'est ce qui te fait le plus vibrer, ou te donne le plus de sensation / émotion quand tu travailles ? Est-ce que c'est une matière, une texture de papier, un bruit de machine, une couleur, un rythme, la surprise du résultat...  

Alors ce que j'adore particulièrement, c'est la trame granulaire de la riso que je trouve sublime ! Et qui donne tout de suite une profondeur aux dégradés et aux images. J'avoue que j'aime aussi les  trichromie ou quadrichromie avec des couleurs autres que cyan, magenta, jaune et noir, en général le résultat est détonnant et super beau.

 

Si je devais choisir une couleur… ça serait le Sunflower, je pense, un genre de jaune tournesol, très lumineux ! Je ne l'ai pas encore, mais ça ne saurait tarder ! J'aimerais bien imprimer un projet de doré métallique sur un papier teinté dans la masse noir, les deux sont dispos à l'atelier si jamais ça donne des idées.

 

Pour finir, pour moi la riso c'est le type d'impression adapté à l'expérimentation (les pochoirs se font rapidement, les couleurs sont uniques et se mélange très bien…) donc si je devais donner un conseil: c'est de tester des choses ! En plus, il y a de grandes chances que le rendu soit cool ! 

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